Les mesures de sauvegarde instaurées par le Ministère de  l’Industrie s’attirent les foudres du président de la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques. Au nom de la profession, il décide la saisine du Conseil de la concurrence. Lecture entre les lignes avec Tarik Aitri !

 Vous contestez les mesures de sauvegarde instaurées par le Ministère de tutelle. A combien estimez-vous le rétrécissement de votre marge bénéficiaire?

Comprenez que nous ne sommes pas contre Maghreb Steel (MS). Vous pensez bien que si cette entreprise pouvait pourvoir au marché local dans des conditions « normales » (prix du marché, disponibilité de tous les produits utilisés, délais, qualité etc.), cela nous réjouirait fortement et aucun opérateur ne s’aventurerait à recourir à l’import, pour le côté pratique évident, mais également par solidarité vis-à-vis d’une industrie nationale, cela tombe sous le sens ! Les industriels eux-mêmes sont donc disposés à soutenir MS autant que possible, mais pas à en devenir les otages. Il y va tout bonnement de leur survie !

Et puisque nous parlons de survie, il nous semble dérisoire de minimiser l’impact fatal attendu face au désastre qui se profile, en évoquant le degré de rétrécissement de marge qui affectera fatalement les entreprises. Bien au-delà de calculs aléatoires et inutiles, il s’agit pour nous, purement et simplement, de l’anéantissement annoncé de structures entières, qui seront vouées à péricliter.

 

Pourquoi envisagez-vous un recours au Conseil de la concurrence, sachant que les mesures de sauvegarde ont toujours été autorisées par l’OMC à condition de prouver le dommage subi par la branche de production (ce qui est le cas) ?

 

Les mesures de sauvegarde sont autorisées par l’OMC, mais le problème qui nous concerne est beaucoup plus complexe que ça ! Il ne s’agit pas de s’arrêter sur quelques aspects de flexibilité que cette organisation accorde dans des situations bien spécifiques, ni sur des actions qu’elle autorise à entreprendre sous certaines conditions – encore que nous estimons plus logique que ce soit là, même si c’est un autre débat, une prérogative qui devrait revenir sinon aux Etats, au moins aux représentants de tout un secteur – ! La question est de savoir si l’application d’une mesure de sauvegarde sera ou non dans l’intérêt général.

Plusieurs pays ont en effet instauré des mesures de sauvegarde sur l’acier. Mais ils ont leurs spécificités et, surtout, les moyens de faire face aux conséquences réelles desdites mesures sur leurs économies locales. Les Etats-Unis ou l’Union Européenne, par exemple, sont de grands marchés, structurés, autosuffisants et comptent plusieurs producteurs, ce qui leur permet d’évaluer tous les facteurs pertinents qui ont une incidence sur la situation de la branche de production en question et les répercussions de leurs décisions sur un plan macroéconomique. En revanche, la donne est incomparable en ce qui concerne le marché marocain qui est, par nature, un petit marché pour le secteur des IMME et qui dispose d’un producteur unique de produits plats, en l’occurrence Maghreb Steel.

Ainsi, la requête de MS peut paraitre légitime puisque cette entreprise raisonne uniquement pour ses intérêts propres en tentant, une fois de plus, d’assurer comme elle peut sa pérennité. Il n’y a rien d’étonnant à cela ! Ce qui l’est en revanche, c’est la position de notre Ministère de tutelle, qui décide malgré tout d’instaurer provisoirement les mesures en question alors même qu’il est parfaitement au fait de ce dossier et des chamboulements  que ça va provoquer à court et moyen termes, puisque nous avons toujours fourni une argumentation rigoureuse et factuelle, fondée sur la projection précise des retombées dévastatrices d’une telle décision.

En clair, ce que nous disons aujourd’hui, c’est que  si MS a le droit de demander l’instauration de mesures de sauvegarde dans l’absolu,  nous avons, en tant que représentants du secteur, le devoir d’avoir une approche plus globale. C’est notre raison d’être et notre mission première que de raisonner ‘secteur’ dans sa globalité. Et c’est dans ce cadre que nous réagissons fermement face à ces mesures dont les effets seront incontestablement ravageurs pour les IMME dans leur ensemble, spécialement en considération des dommages graves et irréparables que subiraient inévitablement les industries en aval en particulier et, par extension, le secteur de l’emploi et l’économie nationale en général.

Pour rappel, le secteur compte plus de 1400 entreprises, essentiellement des PME/TPE, réalise un chiffre d’affaires net de plus de 45 MMDH et emploie directement plusieurs dizaines de milliers de personnes, voire plusieurs centaines si l’on y greffe les emplois indirects. C’est vous dire l’importance des enjeux !

Protéger Maghreb Steel, producteur national qui a investi lourdement dans une activité capitalistique, ou choisir de maintenir la compétitivité d’un pan industriel en lui permettant de disposer d’une matière première pas chère, tel est le dilemme de notre Ministère de tutelle. Pour nous, ça n’en est pas un, puisque nous considérons en toute logique, en tant que porte-parole des professionnels de tout le secteur, que la décision prise est arbitraire.

Et c’est dans ce cadre que nous avions d’ailleurs prôné la mise en place de mesures parallèles de protection pour toutes les industries en aval, ainsi que la création d’un comité mixte dont la FIMME ferait partie pour statuer sur les importations des aciers non produits par MS. Nous avons également demandé l’instauration de procédures claires et rapides en cas de rupture d’approvisionnement du marché national, ainsi que la mise en place d’un comité de suivi de la qualité et de la compétitivité de l’acier produit par MS.

Nos doléances sont manifestement restées vaines !

En définitive, concernant le soutien à Maghreb Steel, nous disons la même chose que notre Ministère et nous sommes autant préoccupés par sa situation depuis de très nombreuses années. Mais l’on se rend très vite compte que, sur ce volet-là, les mêmes mots ne désignent pas nécessairement les mêmes faits. Nous dénonçons simplement ce qui nous apparaît, à l’usage, comme une solution basée sur un raisonnement avec lequel nous prenons nos distances, car simpliste et réducteur d’une réalité beaucoup plus complexe. Raison pour laquelle nous exercerons, en conséquence, toutes les voies de recours qui nous sont offertes par la loi. La saisine du Conseil de la concurrence en est une et constituera une première étape dans notre démarche à venir.

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