Ahmed Lahlimi Alami, Haut Commissaire au Plan, crie au statu quo. Présentant le budget économique exploratoire 2019, mardi 10 juillet à Casablanca, il n’a pas caché sa déception, désespérant de cet immobilisme qui limite l’emploi et réduit le potentiel de croissance. Son analyse de la situation macro-économique nationale et les perspectives de son évolution n’est que l’expression d’un malaise profond, d’un« SOS » lancé pour le sauve-qui-peut. Il avoue que la structure de l’économie nationale n’a pas senti le vent tourner sur les vingt dernières années. Il alerte sur la tendance baissière du taux de la Formation brute de capital fixe (FBCF), véritable thermomètre de l’investissement au pays. Selon Lahlimi, ce taux est tombé de 7,1%  en moyenne sur la période 2000-2007 à une moyenne de 1,2% entre 2013 et 2017. Idem pour la consommation des ménages. Il regrette que le pays n’ait pas de planification économique fixant les objectifs à atteindre.

« Au Maroc, on n’aime pas les plans. Pour la simple raison qu’ils sont pris pour des instructions, des directives… », s’amuse-t-il. Au vu de son historique marquant, Lahlimi en sait quelque chose. Son souhait : rencontrer le management du FMI. « J’aurai aimé rencontrer les équipes du FMI pour en discuter et savoir les bases de la recette du développement recommandée au Maroc », espère-t-il. Le patron du HCP ne mâche pas ses mots : « un modèle de développement, ça ne se décrète pas » ! À ses yeux, revoir le modèle actuel revient à repenser le mode de gouvernance et de gestion des ressources.  Parce que le monde change, il faut mettre fin à l’économie de rente. Il rappelle que le Maroc figure parmi les champions de la pression fiscale et des charges sociales. Il n’a pas manqué de souligner le fait qu’il faut surtaxer les secteurs non échangeables (immobilier…) au profit de ceux échangeables.  Signalant que la politique de maintenir à tout prix l’inflation sous la barre des 2% n’est pas un livre sacré. Le sage est-il à bout de sa sagesse ?

COMMUNIQUE 

Situation économique nationale en 2018 et 2019

A la faveur d’une répartition pluviométrique atypique dans le temps et équilibrée dans l’espace, le Maroc a bénéficié de l’une de ses meilleures campagnes agricoles, portée par le rendement élevé de la céréaliculture et une bonne orientation de ses cultures classiques notamment maraichères et arboricoles, avec cependant une relative baisse du rythme de croissance des activités de l’élevage.

Avec une activité plus soutenue de la pêche maritime, la valeur ajoutée du secteur primaire, après s’être accrue de 13,2% en 2017, devrait connaitre une progression modérée de 3,1% en 2018 et un recul de 0,3% en 2019. Sa contribution au PIB serait nulle en 2019, au lieu de 0,4 point en 2018, après avoir été de 1,6 point en 2017.

Les activités non-agricoles devraient poursuivre leur tendance haussière à 3,1% en 2018 et 3,2% en 2019, après 2,8% en 2017, bénéficiant des activités traditionnelles du secteur secondaire, notamment industrielles et minières, et d’un secteur tertiaire, dont la croissance devrait passer de 2,7% en 2017 à 3,1% en 2018 et 2019, profitant en particulier d’un renouveau du dynamisme du secteur touristique.

Globalement, le PIB devrait s’accroitre en volume de 3,1% en 2018 et 2,9% en 2019, après 4,1% réalisé en 2017, dans un contexte où le taux de chômage ne devrait guère connaitre d’amélioration et où l’inflation intérieure serait, avec 1,7% en 2018 et 1,3% en 2019, le double de ce qu’elle était en 2017.

Au total, la demande intérieure continuerait à tirer la croissance économique, au moment où la demande extérieure nette devrait à nouveau contribuer négativement à la croissance, malgré l’amélioration prévue de la demande mondiale adressée au Maroc.

La demande intérieure devrait enregistrer un accroissement de 3,5% en 2018 et 2,9% en 2019, avec une contribution à la croissance respectivement de 3,8 points en 2018 et 3,2 points en 2019.

  • La consommation finale des ménages, avec une croissance respectivement de 3,3% et 3,4%, continuerait à s’améliorer en 2018 et 2019, bénéficiant de l’amélioration des revenus agricoles et la consolidation de la croissance des activités non-agricoles.
  • La consommation des administrations publiques devrait s’accroitre entre les deux années de 1,8%, après 1,5% en 2017.
  • La formation brute de capital fixe, de son côté, continuerait d’être soutenue par la poursuite des programmes d’infrastructure et la reprise relative des activités industrielles. Elle devrait connaitre une hausse en volume de 5,6% en 2018 et de 3,6% en 2019, après une baisse de 0,8% en 2017. Sa contribution à la croissance économique, après avoir été négative en 2017, devrait s’améliorer à 1,6 point et à un point respectivement au cours des deux années.

La demande extérieure devrait, en revanche, contribuer négativement à la croissance du PIB de 0,7 point en 2018 et de 0,3 point en 2019, après une contribution positive de 0,5 point en 2017.

  • Les exportations de biens et services devraient s’accroitre en volume de 6,9% en 2018 et 2019, en ralentissement par rapport à 10,9% affiché en 2017.
  • Les importations devraient enregistrer une baisse du rythme de croissance en volume, passant de 7,4% en 2017 à 7,1% en 2018 et 6,2% en 2019.

Au plan du financement, l’économie nationale continuerait à connaitre une accentuation des besoins en financement.

  • L’épargne intérieure, compte tenu d’un accroissement du PIB à prix courants de 4,8% et d’un accroissement de la consommation finale de 5,3% serait de l’ordre de 22,8% du PIB en 2018 et 22,6% en 2019, après 23,1% en 2017.
  • L’épargne nationale, avec des revenus nets en provenance du Reste du Monde, estimée en 2018 à 5,9% du PIB, serait de 28,7% du PIB en 2018 et en 2019, après 28,9% en 2017.
  • L’effort d’investissement représentant 32,8% du PIB en 2018 et 32,5% en 2019, au lieu 32,6% en 2017.
  • En conséquence, le besoin de financement sera de 3,9% en 2018 et 3,6% en 2019, que notre pays doit couvrir par le recours à l’endettement.

 

 

  • Dans ces conditions, l’endettement public global de l’économie serait de 82,6% du PIB en 2018 et 82,9% en 2019, au lieu de 82% en 2017.

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