Article publié dans le numéro 5(avril-mai 2016) du Magazine Libre Entreprise.

Nabil Ziatt, PDG de Stroc Industrie, a présenté au mois d’avril 2016 ses résultats financiers au titre de l’exercice 2015. Le regret d’un tort dénote d’un esprit qui n’est pas donné à tout le monde.

Présentant ses résultats financiers au titre de l’exercice 2015, le 08 avril 2016 à Casablanca, Nabil Ziatt, PDG de Stroc Industrie, s’est prêté à un semblant « exercice d’aveu » de fautes de gestion. Le regret d’un tort face à des contreperformances financières ne dispense aucunement le patron de Stroc Industrie de s’en corriger. Le résultat net accuse une perte sèche de 87 millions de dirhams pour dégringoler à son plus bas niveau. Idem pour le chiffre d’affaires, qui s’est effondré de 43%, en glissement annuel, à près de 374 millions de dirhams. A eux seuls, ces deux indicateurs financiers renseignent fidèlement sur l’état de santé critique du fleuron de la construction industrielle. Pénalisé par les retards de production suite aux tensions sur les liquidités et l’assèchement de la trésorerie, l’industriel n’a pas manqué de lancer un profit warning.

Se donner les moyens de ses ambitions

Ziatt reconnaît que de mauvaises prévisions de trésorerie ont précipité le basculement vers cette crise de liquidité. « Une entreprise devrait être gérée par des règles strictes en matière de trésorerie et non par des objectifs », appuie-t-il. Voici la leçon numéro1. Chercher à augmenter continuellement son chiffre d’affaires sans souci des aléas de la conjoncture a fait que Stroc Industrie soit prise entre deux feux : côté fournisseurs et l’incapacité de l’entreprise à honorer ses dettes comme ce fut le cas avec le distributeur pétrolier, Afriquia. Côté clients, et l’embarras des retards de paiement. Dans la foulée, Ziatt s’est vu obligé d’opérer un véritable lifting de son organisation concernant plusieurs cadres dirigeants de l’entreprise. Pour ne citer que le changement effectué au niveau du service Administratif et Financier avec l’installation d’un nouveau directeur, Ronan Le Guellec. Aussitôt installé, ce dernier n’a pas tardé à changer aussi d’équipe en adoptant de nouvelles discipline et approche dans la gestion de trésorerie. Deux rendez-vous avec le personnel de la trésorerie sont programmés chaque jour. Des outils de suivi du risque de liquidité ont été mis en place afin d’optimiser les paiements sortants, le rendement et la sécurité pour les investissements.

« Aller à la hache » !

L’état des lieux de la gestion financière fait ressortir une restructuration tardive mais radicale. Tous les moyens sont bons et tous les coups sont permis pour réaliser toujours plus d’économies. A commencer par la compression des effectifs qui s’est soldée par la suppression de 900 postes, représentant plus de 30 %. Ce plan de licenciement économique a coûté à l’entreprise la coquette somme de « 5 millions de dirhams ». La réduction des coûts l’a poussé aussi au déménagement d’une partie des locaux. Ziatt rappelle qu’il avait été alerté bien avant sur le poids anormal de la masse salariale et l’importance des licenciements. « Je le regrette aujourd’hui et j’avoue que je suis parti à la hache. C’est la mentalité marocaine, que voulez-vous… », lance-t-il. On retiendra de la 2éme leçon, un appel au changement de l’état d’esprit. C’est dire changer de mentalité pour grandir dans la pratique des affaires.

Jamais sans le commercial

Quand on sait que Stroc Industrie a été porté dès sa naissance par l’OCP, on comprendra le sens de la 3éme leçon. Le géant phosphatier lui garantit un carnet de commande bien garni, reléguant ainsi au second plan tout effort commercial pour décrocher de nouveaux marchés. Aujourd’hui, les temps ont changé. Ziatt confie que les efforts sont doublés pour accéder à de nouveaux marchés à travers la mise en œuvre d’une activité de veille commerciale. L’aveu de la raison par-dessus le volume des affaires met le top management face à ses responsabilités financières.

Un partenaire à tout prix !

Certes, Stroc Industrie se trouve dans de sales draps, mais le bout du tunnel n’est pas loin. Ziatt affirme avoir contacté 5 banques d’affaires pour mettre la main sur des partenaires financiers. C’est l’objectif numéro 1 en cette période d’austérité, d’ailleurs. L’idée d’engager à ses côtés un partenaire financier ne disait rien auparavant au PDG. Aujourd’hui plus que jamais l’idée est devenue réalité par nécessité financière. Être chef d’entreprise implique une réactivité et une ouverture à toute épreuve. Confiant en l’avenir de son entreprise, Ziatt se dit optimiste pour la sortie de la crise. « J’étais toujours optimiste…», rassure-t-il. Et pour dissiper toute incertitude éventuelle quant aux fondamentaux de l’industriel, un plan de continuité a été établi pour se mettre debout dans les meilleurs délais. Nul doute que «Tout ce qui ne tue pas rend plus fort» pour paraphraser le philsophe allemand Friedrich Nietzsche.        Mohamed Mounjid

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