ENTREPRENDRE AU MAROC : ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS

  • Par Saad HAMOUMI
  • Économiste et Président du Cabinet Harvard Consulting

Entreprendre est aujourd’hui sur toutes les bouches au Maroc et se trouve souvent présenté comme le remède à tous les maux de l’économie marocaine. Mais qu’en est-il au juste? L’État a mis en place des organismes d’appui à l’entrepreneuriat au même titre que les banques et les organismes de crédit proposant des offres adaptées. Tout l’écosystème marocain foisonne de formations, conférences et analyses fines sur la question, sans oublier le monde académique qui se pose de réelles questions sur comment faire de nos jeunes des entrepreneurs en herbes ?

Si cet engouement est dans l’air du temps et répond à un réel besoin du développement économique et social de notre pays, qu’en est-il de la réalité ? Comment cela est vécu du côté des entrepreneurs (es) et de la jeunesse qui arrive sur le marché de l’emploi ? Comment entreprendre au Maroc est perçu par les investisseurs étrangers ? Si nous analysons le dernier rapport « Doing business » de l’année 2018, le Maroc a gagné 9 places par rapport à 2017, passant ainsi à la 60e place. Ce classement qui consacre le Maroc comme « un bon élève » dans la catégorie des pays émergents apparait pourtant dans la perception des acteurs économiques locaux comme encore insuffisant et constamment perfectible. Les différents rapports et enquêtes qui ont traité de la question de l’entrepreneuriat au Maroc consacrent  un changement patent de la perception de l’acte d’entreprendre au fil des générations. On a dépassé cette recherche effrénée de poste de salarié et de fonctionnaire dans la période post indépendance, ce qui avait l’avantage d’assurer une sécurité de l’emploi et une image valorisante de la personne concernée. Quoique cet attrait continue malgré un changement progressif des mentalités à prévaloir et se trouve exacerbé dans les catégories sociales à faible et moyen revenus et en dehors des grandes agglomérations. Le phénomène de mondialisation qui permet grâce aux nouveaux outils de communication de suivre l’actualité mondiale a permis de mettre en lumière avec les fondateurs des GAFA (Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, Larry Page et Billl Gates) de nouvelles stars et gourous de l’entrepreneuriat qui sont devenues des success-stories  pour toutes les économies du monde y compris la nôtre. Le mythe de la Silicon Valley en Californie qui laissait les économistes dubitatifs au début de l’expérience a montré, preuve à l’appui, qu’investir dans les start ups et les projets innovants pouvait rapporter gros malgré un ratio de réussite faible et qui est en moyenne de 5%. Depuis, ces modèles de réussite sont analysés, modélisés et étudiés partout dans le monde.

Nos entrepreneurs qui ont désormais ces modèles en tête commencent à intégrer le bien fondé d’entreprendre et les fruits qu’ils peuvent en tirer. Maintenant, de quels moyens disposent-ils pour se lancer et faire aboutir leurs projets ? Entreprendre, qui est désormais reconnu comme acte noble et courageux, est un engagement sur l’avenir et s’adresse à un écosystème donné. Il est aussi un état d’esprit qui se prépare dès le jeune âge dans la cellule familiale avant l’école et l’université. Les économies qui ont réussi à créer un élan entrepreneurial adéquat ont non seulement agit sur toutes les phases de développement de l’individu, mais de plus, ils ont mis en place un écosystème favorable où l’administration digitalisée est au service du contribuable, le secteur privé œuvre pour l’innovation et la recherche et donne sa chance à tous les entrepreneurs (es), notamment les jeunes. Le monde académique, qui n’est pas en reste, a mis en place dans ces économies des passerelles (incubateurs, accélérateurs) pour pallier à la fracture que nous vivons actuellement au Maroc entre l’emploi et la formation. Notre pays, qui est souvent donné comme modèle dans la région MENA et à l’échelle continentale, recèle de vrais talents qui ne demandent qu’à libérer leur potentiel entrepreneurial. Dans le cadre des Associations au sein desquelles je milite (CGEM, Réseau Entreprendre…), nous rencontrons de vrais talents avec des projets viables et une volonté farouche d’entreprendre.

Ceci pousse de nombreux acteurs économiques marocains à continuer à œuvrer pour faire du Maroc un vrai Eldorado de l’entrepreneuriat. Notre diaspora à l’étranger recèle elle aussi de vrais talents, qui participent dans leur pays d’adoption au dynamisme et à la croissance de leurs économies respectives. Ils ne demandent qu’à participer à la dynamique de développement du Maroc si la chance leur est donnée. Ce constat d’optimisme ne doit pas nous détourner de la réalité qui est celle de continuer à œuvrer pour « libérer les élans » en matière d’entrepreneuriat et veiller à ce que cet acte noble soit distillé dès le plus jeune âge et continuer à être encouragé durant tous les cycles d’apprentissage. De même, l’échec ne doit pas être décrié et maudit, une entreprise qui fait faillite fait partie des scénarios à intégrer. Si l’entrepreneur y fait face, cela doit être perçu comme un apprentissage.Les pouvoirs publics doivent veiller à faciliter les procédures à l’entrepreneur pendant toutes les phases de vie de son entreprise de l’amorçage jusqu’à la transmission ou la liquidation.

Enfin, l’acte d’entreprendre doit être respecté et l’entrepreneur valorisé, il est un contributeur et un acteur indispensable au développement économique et social de par sa contribution comme employeur et créateur de richesses. Les acteurs institutionnels qui veillent à la régulation du marché et aux respects des lois doivent voir en lui un élément important à valoriser. C’est dans cet esprit de partage, complémentarité et respect que tous les acteurs de l’économie marocaine pourront contribuer à faire avancer notre pays et en faire une terre de richesse humaine et matérielle où l’esprit d’entrepreneuriat devient un vrai catalyseur de développement.

 

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