Les reins, un capital précieux à préserver

Par Dr Moussayer khadija

  • Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) et de l’Alliance des Maladies Rares au  Maroc (AMRM)

L’insuffisance rénale reste un grand problème de santé publique au Maroc

La journée mondiale du rein est l’occasion pour l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques(AMMAIS) de rappeler l’importance vitale de cet organisme qui assure de nombreuses fonctions, bien au-delà de la seule production de l’urine et de l’élimination des déchets qu’elle contient. Ils sont ainsi dotés de glandes à la partie supérieure de l’organe, les surrénales, qui sécrètent des hormones indispensables à l’équilibre de notre organisme. L’hypertension, le diabète et les maladies auto-immunes sont les principaux facteurs de risque de la survenue de pathologies rénales, souvent graves et qui « tuent » encore souvent au Maroc

Le rôle vital du rein

Outre la production d’urine qui permet l’élimination de déchets toxiques comme la créatinine et l’urée, les reins assurent tout l’équilibre de l’organisme en ajustant nos besoins en eau et sels minéraux (sodium, potassium, calcium…) et en produisant ou activant des hormones indispensables comme la rénine qui régule la pression artérielle, l’érythropoïétine (ou EPO comme celle employée en dopage par les sportifs !) qui favorise la production de globules rouges et la vitamine D au bénéfice de nos os. L’ensemble des liquides de l’organisme est filtré une dizaine de fois par jour, soit l’équivalent de 180 litres par jour !

Le rein contient environ 1 million d’unités productrices d’urine, les néphrons qui sont constitués d’un réseau de petits tubes (les tubules) et d’un système de filtration du sang, appelé glomérule. Cette épuration est effectuée par des cellules spécialisées (les podocytes) qui, en retenant les molécules de plus grosse taille, produisent un liquide qui contient  de l’eau, du potassium, du sodium, du glucose, des acides aminés…ainsi que de l’urée et de l’acide urique. Sa composition varie en fonction des apports et des besoins du corps.

Le bon fonctionnement des reins se mesure par le calcul du débit de filtration glomérulaire du sang. Une valeur normale se situe autour de 100 ml/mn (entre 90 et 120). Ce débit correspond aux capacités du rein en pourcentage : à 60 ml/mn ainsi, le rein fonctionne à près de 60 %, chiffre en dessous duquel on présente une insuffisance rénale. La présence anormale de protéines (protéinurie) ou de sang dans les urines témoigne aussi de l’existence de lésions.

Les glandes surrénales par ailleurs synthétisent et relâchent de nombreuses hormones dans la circulation sanguine, comme l’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque en cas de besoin et le cortisol aux nombreuses fonctions, dont notamment  la régulation de la glycémie (le taux de sucre dans le sang).

On peut contrôler les maladies rénales

La maladie rénale chronique ou insuffisance rénale est une diminution du fonctionnement des reins qui ne filtrent plus correctement le sang de l’organisme. Longtemps silencieuse, elle ne régresse pas et peut évoluer, vers l’insuffisance rénale chronique terminale, comme cela se passe encore trop au Maroc, en l’absence de diagnostic précoce, faute souvent d’avoir consulté par manque de moyens. Un adulte sur dix souffre d’une affection rénale, soit près de 850 millions de personnes dans le monde et 3 millions au Maroc. L’insuffisance rénale chronique serait responsable de 2,4 millions de morts par an dans le monde.

Outre l’obésité, les pathologies qui induisent un dysfonctionnement rénal sont liées dans presque un quart des cas à une hypertension et un autre quart à un diabète. Ainsi, dix ans après le début d’un diabète, près d’un tiers des patients dans le monde développe encore une insuffisance rénale malgré l’amélioration constante de sa prise en charge. Les maladies auto-immunes en constituent ensuite la troisième grande cause chez plus de 10 % des patients : dans ces dernières, le système immunitaire chargé normalement de nous défendre des agresseurs extérieurs (bactéries, virus…) se dérègle en s’attaquant à nos propres cellules et tissus. Les atteintes rénales peuvent s’y révéler parmi les plus lourdes, allant jusqu’à engager encore le pronostic vital au Maroc, dans certaines de ces pathologies comme le lupus ou la sclérodermie (une maladie rare qui se manifeste par un durcissement de la peau).

Aucun symptôme en général ne prévient de l’altération des reins qui parviennent au début à compenser leurs dégradations par un surcroît d’activité permettant une production identique d’urine. Les premiers signes sont malheureusement souvent trop vagues (fatigue, perte d’appétit…) pour être pris au sérieux. On note qu’à partir de 40 ans les capacités de filtration diminuent de 10 % tous les 10 ans et qu’après 70 ans un tiers des personnes présentent techniquement une insuffisance rénale sans que se produisent forcément de complications graves si ces capacités peuvent se stabiliser à un niveau encore acceptable.

Ces affections rénales ont tout pour faire peur alors qu’avec une attention minutieuse, on peut ralentir la progression de l’insuffisance rénale et même la contrôler. Cela nécessite entre autres de maîtriser la pression artérielle (qui idéalement doit être de 140/80 mm Hg) et la protéinurie (qui doit être inférieure à 0,5 g/jour) ainsi que son hygiène diététique (régime limité en sel et apport en protéines contrôlé).

Il est en parallèle essentiel de traiter efficacement les pathologies associées à ces insuffisances, notamment par l’emploi adéquat de médicaments anti-inflammatoires et/ou immunosuppresseurs dans le cas des maladies auto-immunes. Dans les cas les plus graves, lorsque les reins fonctionnent à moins de 10 % de leurs capacités, on est malheureusement obligé de recourir à la dialyse et éventuellement la greffe rénale.

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