Services publics: Pour une meilleure gouvernance

Aicha EL ALAOUI

Professeure universitaire de l’économie

Le développement se démarre avant tout par les investissements dans les services sociaux (l’éducation, la santé, l’habitat, l’emploi, la protection sociale, l’insertion économique et sociale notamment des jeunes et des femmes, etc.), et par la gestion efficace et efficiente de ces services tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle régionale. Ces investissements sont primordiaux pour assurer la stabilité politique et la paix sociale comme des facteurs déterminants de la croissance économique et des IDE. Ils permettent ainsi de réaliser le bien-être collectif et individuel, et d’assurer un développement soutenable et durable. Autrement dit, la dignité humaine et la justice sociale ne peuvent être garanties sans une offre sociale équitable et de qualité. À cet égard, le Roi Mohammed VI, depuis son accession au trône, a décidé de mener plusieurs chantiers sociaux structurants pour garantir à la fois équité, liberté et protection des citoyens(nes).

Certes, les défis sociaux sont énormes puisque le pays souffre d’injustice sociale et inégalité territoriale qui éclipsent et réduisent les efforts déployés dans le domaine social. Cette situation inquiétante a été révélée par le Roi Mohammed VI dans son discours à l’occasion de 19 ans de son règne, réclamant la nécessité des « mesures sociales d’urgence », un discours qui coïncide avec le déclenchement de Hirak Rif. En effet, ce discours est considéré comme une sonnette d’alarme qui vient juste après le discours sur la nécessité d’instaurer un nouveau modèle de développement à l’égard de celui en faillite : « […] Si le Maroc a réalisé des progrès manifestes, mondialement reconnus, le modèle de développement national, en revanche, s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale […] » Extrait du discours royal à l’occasion de l’ouverture de la première session de la deuxième année législative de la 10e législature (13 octobre 2017). Toutefois, il est nécessaire de souligner les progrès réalisés par le Maroc dans le domaine social surtout dans l’éducation, la santé, l’habitat, la construction des routes, la modernisation de l’administration publique, etc.

Durant les vingt dernières années, le pays a connu dans l’ensemble un progrès social, indiquant que la volonté royale de rendre justice à la population démunie et marginalisée a été présente dans la majorité des discours royaux malgré les bilans sociaux négatifs de certains territoires, tels soulignés dans des rapports nationaux et internationaux comme celui du rapport de la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement.

Le Maroc a démarré l’année 2000 par la réconciliation nationale ce qui a permis de réparer la mémoire collective et de consacrer l’ancrage aux droits de l’homme (CCDH puis CNDH), en reconnaissant la nécessité de rendre justice à l’ensemble du territoire national notamment le nord de pays. Il s’est engagé ainsi depuis le début de l’année 2000 dans une dynamique de réformes sociales qui a ouvert de larges perspectives de développement, et il les a fait échapper de l’influence des révolutions déclenchées dans plusieurs pays de nord d’Afrique et du Moyen-Orient. Le pays a été épargné de l’instabilité ou de la violence politique en débit des grèves, contestations et revendications sociales déclenchées sur certains territoires qui ont été marginalisés et pauvres (le Rif, Jerada, Imider…). Dans ce contexte, le Maroc a décidé que le moment est venu de rendre justice au nord du pays. En 2021, il adopte la loi autorisant l’usage thérapeutique du cannabis, une façon d’établir une justice sociale aux habitants de nord, un processus vers la réparation des déchirures qui sont toujours bien présentes dans la mémoire collective des rifains et un facteur de développement économique dans la région.

In fine, le Maroc a enregistré des avancées considérables dans le domaine social à savoir l’INDH, l’AMO, le programme de logements sociaux, le RAMED, le programme Tayssir, etc. L’objectif primordial de ces réformes et programmes est la contribution à atténuer les déficits sociaux : la réduction de la pauvreté, la généralisation de la scolarisation, l’électrification et le désenclavement du monde rural, la lutte contre les bidonvilles et la réduction de l’habitat insalubre, l’injustice territoriale, l’injustice sociale, etc. De plus, le pays a opté pour la régionalisation avancée et l’installation des Centres Régionaux d’investissement pour la dynamisation économique des territoires en améliorant la qualité des services publics, et en garantissant l’éthique et la probité des gestionnaires de la chose publique, telle soulignée par la Constitution 2011.

Le défi n’a pas terminé. Le Roi Mohammed VI a lancé un programme très ambitieux en 14 avril 2021 qui a pour objectif la mise en place du projet de la généralisation de protection sociale et de la signature des premières conventions y afférentes. Le lancement a été effectué à la ville de Fès, comme capitale culturelle et spirituelle du pays, ce qui montre l’importance de l’être humain dans les choix stratégiques nationaux et la composante culturelle dans le développement économique et social du pays.

Les efforts déployés ne négligent pas l’existence de la dominance de l’intérêt individuel au détriment de l’intérêt public exercé notamment par quelques élites politiques et économiques. Pour que les efforts aboutissent à un État de droit et de démocratie, il faut avoir une synergie entre la volonté royale, les programmes gouvernementaux et les programmes de la société civile. Autrement dit, il faut avoir une transformation systémique pour assurer une meilleure gouvernance des services publics en établissant le lien de collaboration entre les douze régions marocaines afin de mobiliser l’ensemble des compétences humaines et naturelles capables de renforcer et/ou instaurer la souveraineté dans les différents domaines (politique et diplomatique, économique, énergétique, technologique et numérique et alimentaire). Cette stratégie permettra d’assurer la satisfaction durable des besoins primordiaux de chaque citoyen(ne) et de renforcer, par la suite, la position du Maroc à l’échelle internationale. C’est un processus long, lourd et coûteux pour un pays émergent à revenu intermédiaire, et qui se situe dans un contexte géopolitique complexe et instable, pourtant il n’est pas impossible.

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