Les pays de l’Opep+ ont décidé dimanche de maintenir leurs quotas de production dans un climat particulièrement instable, à la veille de l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions visant le brut russe, ont indiqué à l’AFP deux participants à la réunion.

Les représentants des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) conduits par l’Arabie saoudite, et leurs dix alliés emmenés par Moscou, ont convenu de garder le cap décidé en octobre d’une réduction de deux millions de barils par jour jusqu’à fin 2023.

Le pétrole russe plafonné

Le prix du pétrole vendu par la Russie aux pays occidentaux sera plafonné à 60 dollars le baril à partir des prochains jours, les pays de l’Union européenne, puis ceux du G7 et l’Australie ayant trouvé vendredi un accord à trois jours de l’entrée en vigueur de l’embargo européen. Une mesure conçue par les Occidentaux pour priver Moscou des moyens de financer sa guerre en Ukraine.

«Le G7 et l’Australie (…) sont parvenus à un consensus sur un prix maximum de 60 dollars américains le baril pour le pétrole brut d’origine russe transporté par voie maritime», ont annoncé ces pays dans un communiqué commun.

Cet accord a été permis par le consensus trouvé plus tôt dans la journée par les 27 pays de l’Union européenne. Ils s’étaient entendus sur ce prix après avoir réussi à rallier la Pologne, qui s’était d’abord montrée très critique sur l’efficacité du plafond fixé, réclamant un prix beaucoup plus bas, certaines sources évoquant 30 dollars le baril.

Impact limité à court terme

Le cours du baril de pétrole russe (brut de l’Oural) évolue actuellement autour de 65 dollars, soit à peine plus que le plafond européen, impliquant un impact limité à court terme. Les ministres des Finances des pays du G7 s’étaient entendus début septembre sur cet outil, conçu pour priver Moscou des moyens de financer sa guerre en Ukraine.

Le prix fixé doit être suffisamment élevé pour que la Russie ait intérêt à continuer à leur vendre du pétrole, mais inférieur au cours pour limiter les revenus qu’elle pourra en tirer. Le mécanisme entrera en vigueur lundi «ou très peu de temps après», précisent le G7 et l’Australie dans leur communiqué. C’est en effet lundi que débute l’embargo de l’UE sur le pétrole russe acheminé par voie maritime.

Concrètement, seul le pétrole vendu à un prix égal ou inférieur à 60 dollars pourra continuer à être livré. Au-delà de ce plafond, il sera interdit pour les entreprises de fournir les services permettant le transport maritime (fret, assurance, etc.). Cela doit limiter les recettes tirées par Moscou de ses livraisons à des pays comme la Chine et l’Inde.

Embargo européen

«L’UE reste unie et est solidaire avec l’Ukraine», s’est félicitée la présidence tchèque du Conseil de l’UE dans un tweet, précisant que la décision entrerait en vigueur dès publication au Journal officiel. L’instrument doit renforcer l’efficacité de l’embargo européen qui intervient plusieurs mois après celui déjà décidé par les États-Unis et le Canada.

La Russie est le deuxième exportateur mondial de brut et, sans ce plafond, il lui serait facile de trouver de nouveaux acheteurs aux prix du marché. Actuellement, les pays du G7 fournissent les prestations d’assurance pour 90% des cargaisons mondiales et l’UE est un acteur majeur du fret maritime – d’où un pouvoir de dissuasion crédible, mais aussi un risque de perdre des marchés au profit de concurrents.

La Russie a tiré 67 milliards d’euros de ses ventes de pétrole à l’UE depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que son budget militaire annuel s’élève à environ 60 milliards, rappelle Phuc-Vinh Nguyen, un expert des questions énergétiques à l’Institut Jacques-Delors. Les Occidentaux doivent aussi composer avec les intérêts des puissants assureurs britanniques ou armateurs grecs.

L’instrument proposé par Bruxelles prévoit d’ajouter une limite fixée à 5% en dessous du cours du marché, dans le cas où le pétrole russe passerait sous les 60 dollars. De fait, certains experts craignent une déstabilisation du marché mondial et s’interrogent sur la réaction des pays producteurs de l’Opep, qui se réunissent dimanche à Vienne. La Russie avait déjà prévenu qu’elle ne livrerait plus de pétrole aux pays qui adopteraient ce plafonnement.

(AFP)