Enseignement supérieur et entreprises au Maroc

 

Par Jean-Michel Huet, Associé BearingPoint

 

L’enseignement supérieur au Maroc, malgré des efforts importants consentis par l’Etat à plusieurs niveaux (législation, budgets, investissements, etc.), n’arrive toujours pas à se muer en un secteur en mesure de répondre à une demande sociale de plus en plus pressante et aux impératifs de développement économique. Sa performance est aujourd’hui décriée et suscite de plus en plus de craintes quant à l’avenir de ses lauréats, et plus globalement sur le rôle social et sociétal qu’il est censé jouer, en tant que vecteur d’équité, d’égalité et de promotion sociale.

Dans le champ des possibles, pour améliorer la situation, le rôle du secteur privé et des entreprises est à prendre en compte car c’est un intérêt collectif que de tirer vers le haut la formation supérieure.

A ce titre, nous proposons plusieurs pistes notamment liées à la gouvernance :

  • Impliquer davantage le secteur privé dans la gouvernance du secteur éducatif. Premier débouché des lauréats de l’enseignement supérieur, il n’est plus envisageable de confiner le privé au seul rôle de pourvoyeur d’emplois. Les entreprises nationales et internationales installées au Maroc doivent dès lors jouer un rôle plus prégnant dans la réflexion autour des filières de formation, de l’architecture pédagogique et des méthodes d’apprentissage (formation continue, alternances, césures, etc.). Les acteurs de l’entreprise doivent également être plus présents dans l’enseignement (cours magistraux, retours d’expérience, séminaires de sensibilisation, etc.), comme cela est monnaie courante dans les plus grands établissements étrangers.
  • Refonder la formation professionnelle. Si elle doit offrir une alternative viable, digne et réaliste aux personnes qui ne s’orienteraient pas vers une formation initiale supérieure, doit également envisager une meilleure adaptation au schéma de l’enseignement supérieur national. En plus de s’affranchir de l’image de « filière pour les étudiants en échec », elle doit pouvoir s’inscrire en complémentarité des filières existantes, tout en proposant des formations innovantes (à destination des PME par exemple, en manque criant de ressources humaines qualifiées), agiles voire « chirurgicales ». Elle devra en particulier favoriser l’intégration des étudiants les plus vulnérables, notamment ceux de la tranche [Bac-3 ; Bac+3]. Des établissements comme l’école 42 en France peuvent constituer une excellence source d’inspiration dans la mesure où cette école permet à toute personne, peu importe son niveau de qualification ou d’études, de se reconvertir dans la programmation informatique sur la base de formations courtes et hyper spécialisées, très demandées sur le marché du travail.
  • Mettre en place un observatoire des métiers et des compétences, à dimension nationale. La définition de la stratégie et des filières de formation requiert un exercice de prospective permanent en mesure d’établir, comme pour les entreprises privées, une véritable Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences (GPEC), susceptible de nourrir avec acuité la conception des filières d’enseignement. Cet observatoire devra être doté d’une passerelle exclusive vers les instances présidant aux destinées de la pédagogie du supérieur ; qui pourront dès lors mettre en place des filières « type » à déployer au sein des établissements, directement nourries par les besoins de l’économie nationale (aujourd’hui, ce sont les établissements mêmes qui conçoivent les filières et demandent leur accréditation auprès de la tutelle, faisant donc fi de toute vision harmonisée et partagée) ;

Concernant le volet des financements, aussi fondamentaux soient-ils, il est urgent de se concentrer sur l’efficience des moyens engagés, tout en œuvrant à :

  • Identifier des mécanismes de financement innovants susceptibles d’alléger la charge de l’Etat mais surtout d’élargir le panier des bénéficiaires de l’enseignement supérieur. A ce titre, il conviendrait à nouveau d’associer plus étroitement les entreprises dans la conception des filières de formation. La réalisation de leur intérêt en termes de qualification des lauréats ne peut que logiquement s’accompagner d’un appui financier, selon des schémas diversifiés (alternances pour la formation initiale, financement de formations continues, mécénat, etc.). L’activation des dispositions de la loi 01-00 sur la création de filiales privées par les établissements d’enseignement supérieur est également un moyen intéressant, à condition de pouvoir s’appuyer sur des dispositifs d’innovation et de développement technologique efficaces ;
  • Placer la recherche scientifique au cœur de l’articulation public/privé à travers des mécanismes de financement dédiés. Comme le font d’autres pays à l’étranger, l’Etat marocain dispose de leviers supplémentaires pouvant renforcer son appui financier à la recherche scientifique (crédits impôt recherche, taxes parafiscales, etc.) ;
  • Approfondir et diversifier les modèles de partenariats public-privé à des fins d’une meilleure complémentarité entre enseignement public et privé. Ces modèles doivent néanmoins être accompagnés d’aménagements financiers dédiés, à l’image de ce qu’a fait Sciences Po Paris, en établissent des frais de scolarité graduels en fonction des revenus des foyers. L’établissement français s’est d’ailleurs fortement distingué en termes de diversité sociale des étudiants accueillis.

 

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