C’est un pas imprudent que vient de franchir Nizar Baraka, Chef du Parti de l’​indépendance, en (r)appelant d’activer le Fonds Zakât, pouvant le mener à subir des conséquences électorales inopinées. Le Fonds Zakât fut d’abord, utile de le souligner, un projet mort-né, enterré depuis son annonce au vu de  ses ambitions controversées. Pourquoi Baraka, patron du parti défenseur de l’Islam, risque de perdre sa « baraka »?

Monsieur le ministre, (ancien ministre de l’économie et des finances) vous savez très bien que le régime politique tel qu’il est pratiqué au Maroc ne saurait avoir de vocation religieuse. Et demeure très loin de s’approprier la détermination d’un gouvernement direct de Dieu. Pour rendre à dieu ce qui est à dieu et à césar ce qui est à césar! Ceux qui s’en aventurent risque un sable pouvant, tiraillés  entre la théologisation du politique et la politisation du théologique.

Vous n’êtes pas sans savoir que sont soumis à la zakat les Avoirs (espèces, métaux précieux, dépôts ou titres bancaires, actions, obligations…), les récoltes…pour ne citer que ces deux exemples. En évoquant les biens de fortune, une circulaire des impôts a été bel et bien retirée du circuit juste après sa publication à l’époque d’Omar Faraj, ex-dg de la DGI. Baraka en sait quelque chose !

Vous n’êtes pas sans savoir aussi pourquoi l’ambitieux projet d’impôt sur la fortune sur fond de crise sanitaire inédite a été rejeté catégoriquement?

Crise de confiance

On veut bien vous croire Monsieur le ministre, mais êtes-vous en mesure de garantir sa  redistribution aux vrais bénéficiaires, à ceux qui ont le plus besoin suivant les préceptes de l’islam ? Prenons l’exemple des endettés, ceux qui ne peuvent pas s’acquitter de leurs dettes.

Créer un Fonds juste pour alimenter les caisses de l’Etat sans se soucier des vraies raisons à l’origine même du troisième pilier de l’islam  revient à l’expression imagée de donner un coup d’épée dans l’eau. Pour la simple raison que la dégradation de l’actif confiance au Maroc est nettement perceptible dans le niveau de confiance institutionnelle devenue relativement faible, notamment envers le gouvernement, les partis politiques, le parlement. Ce manque de confiance au sein de notre société et la faible capacité à travailler ensemble autour d’objectifs  communs coûte au Maroc  un manque à gagner de l’ordre de 60.000  dollars américains  par habitant, selon une étude de la banque mondiale. Pis encore, l’enquête effectuée par l’Institut de recherche marocain IRES en 2012 révèle  également que moins de 10% des citoyens marocains croient encore que les gens sont dignes de confiance.

Redire ce que les autres ont déjà dit, c’est prouver au grand jour son incapacité à proposer des idées innovantes, rivalisant d’ingéniosité en matière de politique budgétaire. Le Maroc 2035 tel que voulu par le Souverain cherche à « rompre avec l’économie de rente et des privilèges et adopter une gouvernance basée sur l’efficacité ». Proposer les solutions faciles en vue de parer aux déséquilibres macroéconomiques dénote d’une crise d’esprit à l’épreuve d’un séisme, d’une nouvelle réalité appelée Post- COVID-19 où les solutions à nos problèmes ne seront ni simples ni faciles.

Ils sont toujours les mêmes

Les contribuables s’attendent d’un leader politique comme vous à un discours réaliste voulant  alléger la pression fiscale et élargir l’assiette fiscale, plutôt que de les surtaxer.

Arrêter de faire supporter la charge fiscale à ceux qui sont toujours les mêmes qui paient. Ayant porté la casquette d’argentier du pays, vous savez très bien qui paie vraiment l’impôt au Maroc.

Enfin, détrompez-vous Monsieur Bararka si vous cherchez à créditer votre compte électoral au nom de l’Islam. Car les vrais croyants, ô combien sont nombreux  au Maroc dieu merci, honorent leurs engagements vis-à-vis de Dieu en matière de Zakat. Et charité bien ordonnée commence par soi-même… !

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