La consommation totale d’eau doit être prise désormais en compte dans la planification de l’économie productive du pays. C’est en substance ce qui ressort  d’une étude du HCP intitulée « Modélisation de la consommation en eau intersectorielle dans l’économie marocaine ».  Elle souligne que la conception d’une politique économique devrait tenir compte non seulement des facteurs productifs mais aussi des variables environnementales.

Les données sur la consommation directe d’eau révèlent que la quantité d’eau consommée par le secteur primaire est beaucoup plus importante que celle consommée par les secteurs de l’industrie et des services, avec une consommation en eau d’environ 9 milliards de mètres cubes par an, les secteurs ultérieurs ne consommant qu’une fraction limitée à environ 1,28 milliard de mètres cubes. Ces statistiques mettent en évidence la loi bien connue selon laquelle l’agriculture est le principal utilisateur des ressources en eau au Maroc (jusqu’à 87,8 % de la consommation totale d’eau).

Les résultats de cette analyse montrent que l’agriculture, l’industrie alimentaire et du tabac, le commerce, l’hôtellerie et la restauration sont les principaux déclencheurs de la consommation d’eau suite à une augmentation de la demande finale correspondante à chaque secteur (effet de diffusion). Les effets d’absorption calculés révèlent que l’agriculture représente le principal distributeur d’eau pour le reste de l’économie en réponse à une demande finale dans tous les secteurs. Le secteur de l’agriculture est le plus susceptible de consommer de l’eau si la demande finale de l’économie augmente.

Conclusion et recommandations

Dans cette étude, un cadre de modèle d’entrées-sorties a été développé pour analyser à la fois le potentiel de production d’une économie et la consommation des ressources en eau, par l’introduction de la consommation d’eau dans un modèle de production. La méthode proposée a été appliquée au cas du Maroc pour fournir des indicateurs et des matrices pouvant servir de base à la conception d’une politique économique, en tenant compte non seulement des facteurs productifs mais aussi des variables environnementales. L’analyse de ces indicateurs nous amène à la conclusion que l’économie marocaine régit une structure intensive en eau principalement centrée sur les secteurs de l’agriculture, du commerce, de l’alimentation et du tabac. De plus, les indicateurs dérivés permettent de distinguer la consommation d’eau directe et indirecte et de retracer les sources de consommation indirecte d’eau à travers l’analyse du cheminement structurel. Pour cela, la consommation totale d’eau doit être prise en compte dans la planification de l’économie productive du pays. Cependant, il est nécessaire de souligner que l’économie marocaine, malgré la pénurie d’eau du pays, est basée sur des secteurs consommateurs d’eau dont les demandes en eau se chevauchent lors d’un choc exogène. Le manque ou l’absence d’eau comme principal intrant peuvent conduire ces grands secteurs à un étranglement de leur activité de production, avec des conséquences négatives évidentes pour l’économie dans son ensemble. Cette étude peut ensuite être complétée par une analyse plus approfondie de la pression des activités économiques sur les ressources en eau, en l’occurrence une évaluation de la manière dont l’eau est redistribuée entre les secteurs de l’économie en fonction de l’évolution de la demande finale et des besoins techniques en eau des différentes utilisations. En outre, il est également recommandé de procéder à une analyse du volume de l’eau virtuelle et de l’empreinte hydrique au Maroc, autrement dit le commerce de l’eau. Une perspective de poursuite à moyen terme consiste donc à la mise au point d’un modèle d’équilibre général calculable multirégional permettant la compréhension en détail des mécanismes économiques internes en jeu. Comment alors déterminer l’outil ou la combinaison d’outils les mieux adaptés à une meilleure gestion de la ressource en eau au Maroc.

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