Faut-il craindre une vague de défauts de paiement pour les opérateurs marocains, après la faillite du Sri Lanka? Très endetté auprès de la communauté financière internationale, l’État insulaire de 22 millions d’habitants s’enfonce dans une crise économique, la pire depuis l’indépendance du pays il y a 74 ans : l’inflation s’envole, les pénuries s’aggravent…Vous connaissez la suite. L’état dramatique de l’économie du pays sonne comme un coup de fouet pour les opérateurs marocains. Bien que les échanges commerciaux entre le Maroc et le Sri Lanka sont peu signifiants, mais le risque de cessation de paiement est là.  Le Maroc a exporté vers le Sri Lanka 2,6 milliards de dollars en 2021. L’essentiel des ventes est capté par les produits (Café, thé, maté et épices) avec 2,4 milliards de dollars. Suivent les Fibres synthétiques ou artificielles discontinues au total de 141 millions de dollars et articles Textile-Habillement d’une valeur de 36 millions de dollars. Le Maroc expédie enfin les produits  (Graines et fruits oléagineux; graines, semences et fruits divers; plantes industrielles . . .) pour une valeur de 4 millions de dollars.

S’agissant des importations, le Maroc achète depuis le Sri Lanka l’équivalent de plus de 16 milliards dollars. Figurent en tête de liste des achats, les produits « Combustibles minéraux, huiles minérales et produits de leur distillation; matières bitumineuses; . . . » à hauteur de 9,34 milliards de dollars.

L’essentiel des importations en milliers de dollars

  • Vêtements et accessoires du vêtement, en bonneterie                    1.670
  • Caoutchouc et ouvrages en caoutchouc                                        1.597
  • Tissus spéciaux; surfaces textiles touffetées; dentelles; tapisseries; passementeries; broderies            957
  • Café, thé, maté et épices            631
  • Fibres synthétiques ou artificielles discontinues                 624
  • Vêtements et accessoires du vêtement, autres qu’en bonneterie         515
  • Ouvrages divers en métaux communs      200

Le Sri Lanka n’est pas le seul à craindre (AFP)

Certains feux économiques virent au rouge. «Sur les douze prochains mois, une douzaine de pays en développement pourraient se retrouver dans l’incapacité de rembourser leurs échéances de dette», a alerté dès la fin mars Marcello Estevao, le responsable de la macroéconomie à la Banque mondiale, sur le blog de l’institution. Une conjonction de facteurs vient bousculer les pays émergents et en développement, et 60% des pays à faible revenus rencontrent déjà des problèmes de dette ou présentent un haut risque d’en avoir, a affirmé en avril le président de l’institution David Malpass.

Qui faut-il surveiller?

«Il y a deux catégories de pays concernés» développe auprès de l’AFP Ugo Panizza, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. «Ceux à faibles revenus, la plupart en Afrique, avec un fort risque de crise de la dette, et puis les pays émergents» à l’instar du Brésil, de la Turquie, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Les deux premiers subissent de plein fouet la hausse de l’inflation, Ankara voyant dans le même temps sa monnaie nationale s’effondrer en raison de choix économiques contestés.

Pour les pays émergents, les risques de défaut sont toutefois moins grands que par le passé, poursuit Ugo Panizza, car ils empruntent moins qu’avant en dollars et limitent donc les risques de défaut sur leur dette en devise étrangère.

Côté africain, l’Égypte a d’ores et déjà demandé l’aide du Fonds monétaire international tandis que la Tunisie est en négociation depuis février avec l’institution pour obtenir plusieurs milliards de dollars. Ailleurs en Afrique, l’Éthiopie et le Ghana courent les plus grands risques de défaillance, estime une note du cabinet Capital Economics, qui anticipe aussi côté européen des difficultés en Hongrie et en Pologne en raison des dépenses liées à l’Ukraine.

En Asie, la contagion sri-lankaise risque de se matérialiser «au Pakistan car le pays est dans une situation très similaire de hausse de la dette et de recul de ses réserves internationales en devises», alerte auprès de l’AFP Alicia Garcia-Herrero, économiste à l’institut bruxellois Bruegel.

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